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Un enseignement général d'informatique au lycée
Publié le lundi 13 décembre 2010 par Archambault

Un enseignement de spécialité optionnel « Informatique et sciences du numérique » a été créé en Terminale S. Il entrera en vigueur à la rentrée 2012. Dans son discours devant le Conseil supérieur de l'Éducation, le jeudi 10 décembre 2009, s'exprimant sur la réforme du lycée, le ministre de l'Éducation nationale Luc Chatel déclarait notamment : « à l'heure de la société de l'information et de la connaissance, la France a besoin plus que jamais de compétences scientifiques en informatique. Aujourd'hui l'informatique représente 30 % de la recherche et développement dans le monde. Aujourd'hui l'informatique est partout. Nous ne pouvons pas manquer ce rendez-vous majeur et c'est la raison pour laquelle nous proposons en série S une spécialisation « Informatique et sciences du numérique » » (1).

Cette création constitue une importante avancée. Elle met fin à une situation paradoxale et préjudiciable qui voyait l'nformatique omniprésente dans l'économie et la société, et absente dans les enseignements généraux au lycée ! Les enjeux sont multiples, former l'homme, le travailleur et le citoyen - les missions traditionnelles de l'Ecole -, en donnant à « l'honnête homme du 21ème siècle » la culture générale scientifique et technique correspondant aux besoins de notre époque.


L'économie numérique

Le rapport « Stratégie nationale de recherche et d'innovation », SNRI (2), remis le 23 juillet 2009 à Valérie Pécresse, faisait le constat que « la majorité des ingénieurs et chercheurs non informaticiens n'acquièrent pendant leur cursus qu'un bagage limité au regard de ce que l'on observe dans les autres disciplines. Pourtant, ils utiliseront ou pourront avoir à décider de l'utilisation d'outils informatiques sophistiqués. Il est à craindre qu'ils ne le feront pas avec un rendement optimal ou que, en position de responsabilité, ils sous-estimeront l'importance du secteur. »

Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet dans le rapport de la commission sur l'économie de l'immatériel pointaient avec insistance le risque d'un « nouvel illettrisme » (3). Tous les domaines de la vie économique, tous les métiers sont profondément transformés par l'informatique et les technologies de l'information, que ce soit dans les processus de production des richesses ou avec les objets fabriqués, matériels et immatériels. M. Lévy et J-P. Jouyet mettaient en évidence les obstacles qui freinent l'adaptation de notre pays à l'économie de l'immatériel, notamment « notre manière de penser », invitant à changer un certain nombre de « nos réflexes collectifs fondés sur une économie essentiellement industrielle ».


Le citoyen

Le futur citoyen est lui aussi concerné. Loi Hadopi, transposition de la directive européenne DADVSI... : les débats ont notamment porté sur l’exercice du droit à la copie privée, la possibilité d’écouter sur plusieurs appareils un morceau de musique acquis en bonne et due forme, la légalité du téléchargement… c’est-à-dire la vie quotidienne de millions de citoyens. Mais il était aussi question d’interopérabilité, des DRM (Digital Rights Management) ou mesures techniques de protection, des logiciels de pair à pair, du code source des programmes (il fut abondamment question des logiciels libres), du droit un peu abscons des bases de données... Les débats ont donné le sentiment que beaucoup d'acteurs ne maîtrisaient pas les questions réellement posées.

Il est difficile au simple citoyen de maîtriser la complexité de ces notions techniques et juridiques. Or, nul n’est censé ignorer la loi ! Mieux, chacun doit être en mesure de contribuer à sa manière à son élaboration et, pour cela, de comprendre ce dont il s’agit, et de bien mesurer les enjeux et les conséquences des textes adoptés par le Parlement. Quelles sont les représentations mentales opérationnelles, les connaissances scientifiques et techniques qui permettent qu’il en soit ainsi ? Elles sont d'évidence largement au-delà de ce que l'on peut apprendre en utilisant « les fonctions simples d'un logiciel ». Notons que ces questions valent également pour la vie de tous les jours, par exemple quand il faut décrypter l’offre d’un fournisseur d’accès à Internet, avoir une idée de l’origine et de la responsabilité d’un dysfonctionnement.

Pour participer aux débats sur le nucléaire, le citoyen peut s'appuyer sur l'enseignement de sciences physiques. Idem pour les OGM avec celui de SVT. Or le monde devient numérique...


Une composante des sciences contemporaines

Les sciences « dures » contemporaines s'organisent en trois grandes familles : les mathématiques, les sciences expérimentales, et les sciences de l'information (l'informatique au sens large). Dans une interview au journal Le Monde, le 15 avril 2009, Gérard Berry, professeur au Collège de France et membre de l'Académie des Sciences, déclarait : «Du point de vue de l'enseignement de l'informatique, la France rentre résolument dans le XXe siècle.» Il regrettait que l'«on confonde la notion de computer literacy avec celle de computer science. Et il ajoutait : «Dans les établissements scolaires, on a fait le choix d'enseigner les usages. C'est très insuffisant. C'est la différence entre apprendre à conduire et comprendre comment marche une voiture. Les jeunes quittent le lycée sans connaissance de la science informatique. C'est une aberration ! »

En effet, si un consensus existe sur le fait que l'informatique est une composante de la culture générale au 21ème siècle, des divergences fortes subsistent encore sur le contenu même de la culture informatique et les modalités pour la donner véritablement à tous les élèves. Discipline ou pas ? Deux lignes pédagogiques « dialoguent ». Pour l’une, les apprentissages doivent se faire à travers les usages de l’outil informatique dans les différentes disciplines existantes. Pour l’autre, l’informatique étant partout, elle doit être quelque part en particulier, à un moment donné, sous la forme d’une discipline scolaire en tant que telle. Pour l'une, l'utilisation des TIC suffit. Pour l'autre, l’utilisation d’un outil, matériel ou conceptuel, ne suffit pas pour le maîtriser : l'expérience éducative de ces dernières années l'a montré. Pour la maîtrise de la langue, il y a un cours de français en tant que tel, pour la culture mathématiques une discipline scolaire dédiée... l'informatique ne saurait faire exception.


Un long cheminement

Dans un long cheminement (4), l'informatique est (re)devenue une discipline scolaire (5) (dans les années quatre-vingts, il y avait une option d'informatique dans les lycées d'enseignement général (6)). Le paysage éducatif est transformé. L'informatique est toujours outil pédagogique, facteur d'évolution des autres disciplines, outil de travail personnel et collectif de la communauté éducative mais aussi à nouveau objet d'enseignement, ces différents statuts se renforçant mutuellement.

Concernant les programmes, pour les élèves et pour les professeurs, des propositions ont été faites (7). Des formations d'enseignants ont démarré. Robert Cabane, IGEN de mathématiques, est titulaire d'une lettre de mission signée par le Ministre de l'Éducation nationale pour l'organisation de cet enseignement « Informatique et sciences du numérique ». Les choses sont en route, avec l'objectif de former des créateurs et des utilisateurs « intelligents », et non pas des utilisateurs « presse-boutons », dont la société du 21e siècle a un impérieux besoin.


Jean-Pierre Archambault

Président de l'EPI

(association Enseignement Public et Informatique) http://www.epi.asso.fr


(1) Luc Chatel s'est exprimé sur la réforme du lycée devant le CSE le jeudi 10 décembre 2009.
http://www.education.gouv.fr/cid49972/reforme-du-lycee-discours-devant-le-conseil-superieur-de-l-education.html

(2) Rapport du groupe « Numérique, calcul intensif et mathématiques ».
http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid28982/ snri-les-rapports-des-groupes-de-travail.html

(3) http://www.cnisf.org/biblioth_cnisf/librairie/Economie_de_l_immateriel.pdf

(4) On pourra se référer notamment aux actions menées par l'EPI en faveur de l'enseignement de l'informatique.

http://www.epi.asso.fr/blocnote/blocsom.htm#itic

(5) Il y a donc cette option pour les élèves de Terminale S ainsi que dans la voie technologique le Bac STI2D qui comportera lui une spécialité SIN « Système d'information et Numérique ».

(6) Voir historique de cette option.

http://www.epi.asso.fr/revue/histo/h10oi_jb1.htm

http://www.epi.asso.fr/revue/histo/h10oi_jb2.htm

http://www.epi.asso.fr/revue/histo/h10oi_jb3.htm

(7) Voir communiqué de l'EPI.

http://www.epi.asso.fr/revue/docu/d1004a.htm

Propositions de programmes.

http://www.epi.asso.fr/revue/editic/asti-itic-lycee-prog.htm

http://www.epi.asso.fr/revue/editic/asti-itic-prog-prof_1004.htm


 





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