Kira Linux : une vue d'ensemble

Par:
francoistonic

ven, 28/08/2026 - 17:07

Texte de Timothée Gauchez
Le constat : posséder son système, vraiment
La majorité des distributions Linux font un choix implicite à la place de l'utilisateur : abstraire, automatiser, masquer. Le résultat est un système qui fonctionne, jusqu'au moment où il ne fonctionne plus, et où personne ne sait pourquoi. Les développeurs qui veulent comprendre ce qui tourne sur leur machine se retrouvent à fouiller dans des couches d'abstraction accumulées sur des décennies.
Kira Linux part d'un principe inverse : chaque composant doit avoir une raison d'être, être lisible, et pouvoir être modifié sans nécessiter de déconstruire l'ensemble du système. 
> Ce n'est pas une distribution qu'on installe et qu'on oublie. C'est une distribution qu'on possède.
L'architecture : construit depuis zéro, couche par couche
Kira n'est pas une surcouche d'une distribution existante. Chaque composant a été sélectionné ou développé avec une intention précise.
Shinigami : le noyau
Shinigami est un fork du noyau Linux, recompilé avec Clang en ThinLTO, épuré de tout driver inutile, et patché avec le scheduler BORE (Burst-Oriented Response Enhancer) pour une meilleure réactivité sur les postes de travail interactifs. Le résultat est un noyau plus petit, plus rapide à compiler, et dont la configuration reste lisible et maîtrisable par une seule personne. Le versionnage suit le schéma `LINUX_VERSION-shinigami-YY.MM-N`, permettant de tracer précisément chaque build.
musl libc : la bibliothèque C
Kira utilise musl à la place de glibc. musl produit des binaires plus petits, facilite le linkage statique, et réduit l'empreinte mémoire globale du système. Les applications qui dépendent de glibc au runtime seront prises en charge par un contener debian créé et configuré sur mesure pour Kira.
runit : l'init
PID 1 sur Kira, c'est runit. Pas systemd. Les services sont de simples scripts shell dans `/etc/sv/`, lisibles et modifiables sans documentation extérieure. Le démarrage est rapide, l'architecture de supervision est transparente, et l'empreinte mémoire de l'init est négligeable.
flux : le gestionnaire de paquets
flux est le gestionnaire de paquets de Kira, écrit en C, sans dépendance runtime au-delà de libc. Son fonctionnement repose sur trois principes : compilation depuis les sources avec des flags d'optimisation par paquet ; cache de binaires signés (minisign) hébergé en propre pour éviter de tout recompiler à chaque installation ; résolution de dépendances strictement minimale, flux n'installe que ce qui est explicitement requis.
Les recettes de paquets utilisent le format kotodama, un format déclaratif simple avec des hooks `%build`, `%install`, `%post-install`. flux est un binaire unique ; `flux install`, `flux update`, `flux search`, `flux info`, `flux self-update` couvrent l'ensemble du workflow sans configuration préalable.
Le desktop : Wayland, intégré, fonctionnel
Kira propose deux environnements de bureau officiellement supportés, tous deux sur Wayland :
- Sleex est l'environnement principal. Développé par le projet AxOS, c'est un shell complet basé sur Quickshell et Qt/QML, offrant une expérience intégrée, fluide et modulaire. Sleex n'est pas une barre des tâches greffée sur un compositeur générique : c'est une interface pensée comme un tout cohérent.
- SwayFX est le second environnement supporté. Fork de Sway enrichi d'effets visuels (flou, coins arrondis, animations), il s'adresse aux utilisateurs qui préfèrent une approche minimaliste et entièrement configurable via un fichier texte versionnable.
Les deux environnements coexistent et sont sélectionnables à l'installation ou via un outil en ligne de commande dédié. XWayland est disponible en paquet optionnel pour les applications qui en ont besoin.
Ce que Kira n'est pas
Kira n'est pas une distribution pour débutants. L'installateur est guidé mais attend de l'utilisateur qu'il sache ce qu'est une partition. Il n'y a pas de telemetry, pas de compte à créer, pas d'assistant de bienvenue qui configure des choses à la place de l'utilisateur. Ce que le système fait au démarrage est documenté, et chaque service qui tourne a été installé explicitement.
L'état du projet
Kira Linux est développée depuis quelques mois par un seul développeur, étudiant en 3e année d'informatique à Sup de Vinci. Le projet est en début de phase 3 (sur 4) : le système de base s'installe et démarre sur du matériel réel (x86-64), l'environnement desktop fonctionne de bout en bout, le gestionnaire de paquets flux est pleinement opérationnel avec cache distant en production, et deux variants ISO sont disponibles (base et desktop). Le support de l'architecture RISC-V est prévu en phase suivante.
Le projet est entièrement open source, sans financement externe, hébergé sur GitHub sous l'organisation `shinigami-os`.
MàJ de dernière minute : la première version de l'OS est disponible en ligne sur le site de Kira Linux !
Collaboration avec AxOS
Kira Linux et AxOS sont deux projets indépendants qui partagent une philosophie commune autour de Wayland et du contrôle utilisateur. La collaboration concrète prend deux formes.
- Sleex dans Kira : Sleex, le shell desktop développé par AxOS, est intégré comme environnement principal de Kira Linux. C'est un composant clé du projet, pas une option périphérique.
- Un bootloader partagé : un bootloader custom est en cours de conception par Kira et sera mis à disposition des deux projets. Son objectif est de démarrer deux systèmes d'exploitation simultanément sur le même matériel, sans émulation de firmware ni hyperviseur de type 1. Là où les solutions existantes reposent sur de la virtualisation lourde, ce bootloader vise une approche légère opérant directement sur le matériel réel. C'est une fonctionnalité qui n'existe pas à ce jour dans l'écosystème open source grand public.
Liens
- Documentation : https://docs.kira-linux.com