Les craintes de responsables de Microsoft sur le recrutement des profils débutants face à l'IA

Par:
francoistonic

mer, 25/02/2026 - 17:59

Deux responsables de Microsoft, dont Mark Russinovich (CTO d'Azure), alertent sur la baisse des recrutements et des emplois de développeurs débutants face à l'IA. Ils ont publié un article intitulé "Redefining the software engineering profession for AI". Dès la 1ere ligne, les deux auteurs précisent : "Sans l’embauche de développeurs en début de carrière, le vivier de talents de la profession s’effondrera et les organisations seront confrontées à un avenir sans la prochaine génération d’ingénieurs expérimentés.".

Cette publication n'est que l'une des dernières études sur le sujet. En janvier dernier, nous avions parlé d'une étude IDC sur les conséquences de l'IA sur les profils juniors. Cette prise de position contraste avec certaines positions de Microsoft sur l'IA et particulièrement sur l'usage massif de la génération de code au détriment des développeurs. 

L'IA générative, les agents ont bouleversé le marché du développement et la manière de coder. Et si le développeur senior voit en l'IA une aide, elle peut pénaliser le profil junior. "Il en résulte une nouvelle structure d'incitation : recruter des seniors et automatiser les juniors. Or, sans recrutement de développeurs juniors, le vivier de talents de la profession s'effondre et les entreprises se retrouvent confrontées à un avenir sans la prochaine génération d'ingénieurs expérimentés." indique l'étude. 

Il faut continuer à recruter des développeurs débutants / juniors, élargir le mentorat et mieux former. Le projet Societas de Microsoft est un agent Office, 7 développeurs à temps partiel l'ont développé en 10 semaines et produit 110 000 lignes de codes dont 98 % ont été générées par une IA. Conclusion : "Le travail humain est passé de la création à la direction : spécification des objectifs, vérification de l’exactitude et intégration du résultat de l’agent dans un système cohérent."

Mais l'IA peut être complexe si les développeurs utilisent des agents, des LLM, du MCP, des protocoles de synchronisation, etc. Là, il faut une expérience et une maîtrise pour mettre en oeuvre l'environnement et guider les agents. Ce n'est pas magique. Les auteurs pointent du doigt de multiples exemples où l'agent a fait le travail mais le code produit est de mauvaises qualités, avec des algos non optimisés, du code inutile, etc. 

"Bien que les agents d'IA progressent rapidement, l'expertise humaine demeure essentielle au développement logiciel. La programmation n'est pas du génie logiciel. Même les systèmes les plus fiables ne peuvent remplacer le jugement, la créativité et l'adaptabilité nécessaires pour gérer l'incertitude, prendre des décisions complexes et garantir la sécurité." explique l'étude. 

Pour les auteurs, l'IA actuelle favoriserait plutôt les profils seniors : "L'IA générative se manifeste actuellement comme un changement technologique favorisant l'ancienneté : elle valorise de manière disproportionnée les ingénieurs possédant déjà un sens aigu des systèmes, comme le goût pour l'architecture, la capacité à déboguer en situation d'incertitude et l'intuition opérationnelle. Les développeurs en chef qui ne disposent pas d'une solide expertise des systèmes auront du mal à contribuer dans un environnement piloté par l'IA."

Ils s'appuient sur l'impact de GPT-4 sur le recrutement des 22-25 ans dans les secteurs exposés à l'IA avec une baisse de 13 % des emplois. Une des pistes sera de déployer le mentorat pour aider et former les juniors. Cette approche transformera l'organisation avec le Tech lead au sommet qui serait rejoint par le mentor pour participer à l'encadrement des juniors. "Les tuteurs devraient pouvoir consulter les échanges entre les apprenants afin de suivre leurs progrès, de leur fournir un accompagnement ciblé et de combler leurs lacunes. Ainsi, les assistants ne se contentent pas de soutenir la génération de code, mais favorisent également l'apprentissage et un mentorat efficace."

En conclusion : "L'avenir du génie logiciel ne dépendra pas de la quantité de code que l'IA peut générer, mais de la capacité des humains à apprendre, raisonner et évoluer aux côtés de ces systèmes. Investir dans la formation des jeunes développeurs par un mentorat ciblé garantit que l'expertise d'aujourd'hui devienne l'intuition de demain. En conciliant automatisation et apprentissage, nous préservons la vitalité du métier d'ingénieur logiciel."

Source : https://dl.acm.org/doi/10.1145/3779312