Les sagas de l’été — Rust (6/6) : où Rust est-il utilisé aujourd’hui

Par:
francoistonic

mar, 04/08/2026 - 06:26

Dernier épisode de la saga Rust écrite par Benoît Prieur.

Un langage jeune et exigeant pourrait rester cantonné aux laboratoires et aux passionnés. Ce n’est pas le cas de Rust, présent dans un nombre croissant de logiciels et de services d’usage courant. Ce dernier épisode fait le tour de ses principaux terrains. Le point de départ est le navigateur web. Rust est né chez Mozilla pour améliorer Firefox, et plusieurs composants de son moteur d’affichage sont aujourd’hui écrits dans ce langage. Ils participent au rendu des pages, notamment les plus complexes.

Au niveau des systèmes d’exploitation, l’évolution est plus marquante encore. Depuis fin 2022, le noyau de Linux — la pièce centrale qui fait tourner la majorité des serveurs et des téléphones Android — accepte officiellement du code écrit en Rust. Pour un projet historiquement développé en C et longtemps prudent sur ce terrain, il s’agit d’un tournant. Microsoft a de son côté entrepris de réécrire en Rust certaines parties sensibles de Windows, dans le but d’éliminer les bugs liés à la mémoire.

Les appareils mobiles sont également concernés. Android intègre une part croissante de composants en Rust. Google a communiqué un résultat précis : dans les portions du système réécrites de la sorte, la catégorie de bugs la plus dangereuse a fortement reculé. Une partie du code qui veille à la sécurité d’un smartphone est donc désormais écrite dans ce langage.

L’informatique en ligne s’appuie elle aussi sur Rust. Amazon l’utilise pour la brique qui exécute une multitude de petits programmes à la demande dans ses centres de données. Discord a réécrit en Rust un service critique afin de mieux tenir la charge. Cloudflare, qui traite une part importante du trafic mondial, a fait un choix comparable pour son infrastructure. La motivation est toujours la même : la vitesse du C sans ses accidents.

Le web visible n’est pas en reste. Grâce à la technologie WebAssembly, du code Rust peut être compilé pour s’exécuter directement dans le navigateur, à une vitesse proche du natif. Des éditeurs d’images, des jeux ou des outils de conception en ligne reposent en partie sur ce mécanisme.

Rust s’emploie enfin dans les environnements les plus contraints : objets connectés et microcontrôleurs dotés de très peu de mémoire, où une erreur peut immobiliser un appareil difficile d’accès. Sa promesse de sécurité et de rapidité sans dispositif de nettoyage automatique y trouve une justification directe.

De Firefox au noyau Linux, des smartphones aux centres de données et jusque dans le navigateur, un langage lancé il y a quinze ans comme le projet d’un seul ingénieur s’est installé dans plusieurs fondations du numérique actuel. Sa progression s’est faite discrètement, composant après composant.

C’estpeut-être l’enseignement principal de cette série : l’adoption d’une technologie tient dans la durée, beaucoup moins à sa visibilité qu’à sa fiabilité.

Pour qui souhaite aller plus loin, la documentation officielle et l’outil cargo évoqué précédemment constituent un point de départ accessible, y compris pour écrire son premier programme. Celui-ci pourrait ressembler à ceci :

fn main() {

    for jour in 1..=3 {

        println!("jour {jour} de l'été");

    }

}

Trois lignes affichées, une boucle qui compte de 1 à 3 : de quoi faire ses premiers pas, avant d’explorer tout ce que cette série a esquissé.