Stratégie pour une informatique verte

Par :
Frédéric Mazué

jeu, 05/11/2009 - 16:18

Par Abdel Kander, Directeur Général, BDNA Europe  et Richard Hodges, fondateur de GreenIT

La hausse des coûts énergétiques, le ralentissement de l’activité économique et une prise de conscience environnementale croissante représentent autant de défis stratégiques majeurs pour les entreprises du monde entier. Ces questions sont à l’origine de la recherche d’efficacité et de la réduction des coûts dans tous les secteurs, y compris dans le domaine informatique. Les entreprises qui ne réussiront pas à modifier leurs stratégies et qui ne parviendront pas à faire fonctionner leurs organisations informatiques de façon plus écologique manqueront les opportunités clés qui leur permettront d’améliorer leur efficacité énergétique et de réduire les coûts, grâce à la mise en œuvre de solutions informatiques plus vertes.
 
Il existe une variété de technologies, actuelles et nouvelles, qui permettent de tendre vers une informatique verte, notamment la virtualisation ou un matériel plus efficace qui consomme moins d’énergie et qui nécessite moins de refroidissement. Les changements apportés aux processus et aux infrastructures existantes peuvent également optimiser les infrastructures actuelles et entraîner non seulement un environnement plus écologique, mais aussi une amélioration des résultats.
 
Sans visibilité et sans transparence sur l’état de l’infrastructure informatique existante, il est difficile de développer une stratégie globale d’informatique verte qui identifie les opportunités d’amélioration de l’efficacité et les secteurs qui pourraient bénéficier des nouvelles technologies ou de l’optimisation des processus. Examinons ici la façon dont les organisations peuvent développer une stratégie d’informatique verte, grâce à une meilleure visibilité des actifs informatiques existants et une meilleure connaissance de l’état de l’infrastructure informatique.

Pourquoi les technologies de communication et d’information doivent-elles être vertes ?
Les systèmes de technologies de communication et d’information (ICT) devraient être au cœur de la stratégie environnementale d’une organisation. Cependant, ils ne sont souvent pas reconnus explicitement, ni incorporés dans la plupart des programmes de développement durable. Or, il existe de nombreuses opportunités de dégager de la valeur en concevant et en mettant en œuvre une politique verte au sein d’un système de technologie de communication et d’information.

Les systèmes ICT représentent généralement près de 25% de la consommation directe d’électricité dans les bâtiments à usage commercial, et, en fait, dans les bâtiments ou locaux inefficaces énergétiquement, ayant une densité élevée de matériel informatique, ce chiffre peut atteindre 60 à 70%.
 
A l’échelle mondiale, certains rapports d’analyse concluent que les systèmes ICT représentent 2 à 2,5% du total mondial d’émissions de carbone, soit l’équivalent de l’industrie aéronautique mondiale. Mais, pour les économies avancées et axées sur la technologie des Etats-Unis, du Japon et d’Europe, ce chiffre est plutôt de l’ordre de 5 à 6% et tend vers des taux à deux chiffres. L’empreinte carbonique du secteur de l’ICT devrait tripler au cours de la période allant de 2002 à 2020. Le METI japonais a prévu que vers 2025, l’ICT consommera 20% de l’ensemble de l’énergie électrique japonaise.

La réalisation d’une ICT verte est une première étape très viable et à forte valeur dans toute stratégie d’informatique verte. L’impact d’une ICT plus écologique est multiple :
- une empreinte physique moindre (c’est-à-dire des centres de données plus petits et plus modernes)
- une empreinte carbonique moindre (des appareils mis à niveau)
- une réduction des frais de chauffage/refroidissement
- la conformité avec les réglementations gouvernementales
- une bonne commercialisation

Il convient de noter que d’un point de vue holistique, l’informatique verte n’est pas une simple réduction de la consommation directe d’énergie. Pour un ordinateur individuel, par exemple, 60 à 80% - voire plus - de l’empreinte carbonique du cycle de vie de l’appareil sont dus, en fait, à la fabrication de l’appareil. Les équipements informatiques et l’électronique grand public consomment beaucoup d’énergie et de matières lors de leur fabrication, ont de courtes durées de vie et deviennent des déchets toxiques à la fin de leur vie utile.

La réalisation d’une informatique véritablement verte requiert une approche méthodique et orientée vers les processus, permettant d’éviter de «retirer à Pierre pour donner à Paul» et d’accroître les coûts et les émissions. L’optimisation des ressources d’une ICT verte passe par une réflexion sur le processus de l’ICT de bout en bout et par la garantie d’identification des opportunités de capture de la valeur, lors de chaque phase de leur cycle de vie.

Comment atteindre une ICT verte?
Pour obtenir un système ICT vert, il existe différentes méthodes, notamment :
* l’amélioration de l’utilisation de ce que vous avez déjà : en optimisant l’utilisation des actifs informatiques actuels et en mettant en place des stratégies rigoureuses de gestion des actifs
* la consolidation des serveurs et des centres de données, le stockage dans des installations et équipements plus efficaces
* la mise en œuvre de nouvelles technologies, comme la virtualisation, afin d’améliorer l’utilisation de tous les actifs matériels

En général, une combinaison de tout ce qui précède est nécessaire pour atteindre des résultats satisfaisants. Ceci passe par la mise en place d’un plan qui identifie les sources d’opportunités, définit les défis majeurs et les facteurs de succès, et mesure de façon ponctuelle l’avancement vers l’objectif défini. Généralement, ce type de plan requiert une approche «top down», ainsi que la conduite et la supervision de la mise en œuvre par des cadres supérieurs.

La première étape implique généralement les efforts et les coûts les moins importants et elle peut engendrer un résultat substantiel, en très peu de temps. Elle peut souvent être pilotée à partir du service informatique lui-même, à l’aide d’une bonne supervision minimale.

Pointage à zéro : optimiser l’utilisation des actifs
L’optimisation de l’utilisation des actifs implique un processus en plusieurs étapes.

- Etape 1: dresser un inventaire de base de tous les actifs existants

- Etape 2: analyse de l’infrastructure et de l’utilisation des actifs disponibles, notamment:
o détermination des taux de consommation énergétique des serveurs, du stockage, etc.
o âge physique des actifs existants (les actifs les plus anciens ont une efficacité énergétique moindre)
o charge totale d’utilisation des serveurs actuels
o stratégies de gestion de l’énergie pour les PC et les moniteurs (par exemple, sont-ils utilisés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ?)
o disponibilité des imprimantes et méthodes d’impression (impression sur une face ou recto-verso, par exemple)

- Etape 3: fixer des objectifs et des approches d’optimisation pour chacune des catégories, notamment:
o consolidation de charge sur moins de serveurs, retrait des anciens serveurs
o directives de gestion de l’énergie pour les ordinateurs de bureau et les ordinateurs portables
o mise à niveau des équipements existants pour étendre leur durée de vie
o directives relatives à l’impression
o consolidation des imprimantes
o fonctionnement des centres de données, refroidissement et alimentation électrique

- Etape 4: mettre en œuvre de nouvelles stratégies de:
o définition
o communication
o exécution
o suivi
o application

- Etape 5: surveiller les résultats et adapter les objectifs et stratégies en fonction des résultats.

En résumé, l’ICT verte génère différents avantages qui peuvent créer une valeur substantielle. Elle génère, au bas mot, une évaluation des ressources informatiques existantes et de leur utilisation, ainsi qu’une optimisation de l’efficacité des actifs.

À propos d’Abdel Kander
Abdel Kander, Directeur Général de BDNA Europe, est à la tête d’un large réseau de revendeurs et d’intégrateurs en Europe, et contribue à la stratégie de BDNA. Abdel Kander a plus de 18 ans d’expérience en Entreprise Performance Management et Business Intelligence; il a également fait partie de l’équipe fondatrice de Business Objects.

À propos de Richard Hodges
Richard Hodges est le fondateur et le PDG de GreenIT. Depuis le début des années 1970, il s’engage personnellement dans les questions de la responsabilité vis-à-vis de l’environnement, du développement de technologies adéquates et de l’évolution d’un modèle d’environnement durable. En 2004, Richard Hodges créé GreenIT, le premier cabinet de conseil qui combine ces axes dans une approche systémique, systématique et stratégique, visant la durabilité des technologies d’information et de communication.

A propos de l'auteur

Frédéric Mazué